Témoignage :
Nicole Alby
Présidente d’honneur d’Europa Donna Forum France
1. Quelles sont les attentes des femmes par rapport au dépistage (et notamment au dépistage organisé) du cancer du sein ?
« Les femmes attendent du dépistage une protection. De façon plus ou moins consciente elles souhaitent qu’il leur évite le cancer. Les plus lucides espèrent qu’on ne leur trouvera que de petites tumeurs faciles à soigner, c’est-à-dire évitant mastectomie et chimiothérapie. Elles saisissent mal la complexité de cette technologie. Une mammographie, cela devrait être « blanc » ou « noir ». On comprend alors l’angoisse créée par les images demandant une « surveillance » ou des examens complémentaires.
L’un des points forts du dépistage organisé est la double lecture et il faut le mettre en avant. Il faudrait aussi insister sur le caractère d’action citoyenne : on participe et on améliore la prise en charge de toutes les femmes. Si certaines femmes sont satisfaites de participer à un dépistage « officiel », offrant des garanties de qualité, la transition du dépistage individuel n’est pas encore facile pour toutes. »Haut de page
2. Quel rôle peut jouer le médecin pour répondre à ces attentes et contribuer à faciliter l’adhésion au dépistage ?
« Le rôle des médecins est essentiel mais il me semble que souvent interviennent des positions très personnelles : la confiance exclusive dans leur réseau, les habitudes acquises avec des correspondants, les difficultés de certains membres du corps médical avec les structures administratives. Il faut admettre que la peur du cancer existe aussi chez les médecins et peut entraîner des attitudes paradoxales de déni ou de fuite. Enfin la judiciarisation actuelle de la médecine intervient et certains peuvent préférer laisser ces diagnostics difficiles à d’autres. Annoncer un cancer ou une image anormale et sa surveillance n’est jamais facile.
Mais on ne saurait assez souligner l’influence de l’attitude du médecin ou du gynécologue. De leur incitation viendra la participation de leurs patientes. Si leur médecin leur conseille le dépistage organisé, la plupart des patientes suivront cet avis. La relation de confiance médecin-patiente est essentielle même et peut-être surtout s’agissant de consultantes qui ne se sentent pas malades et ne le seront pas pour la plupart. Les radiologues détiennent une clé majeure de l’adhésion des femmes au dépistage organisé : là encore leur propre conviction sera essentielle.
Pour conclure disons que la recherche d’un cancer possible chez une femme « bien portante » ne sera jamais une procédure simple. »Haut de page
